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Title:Interview with Herwig Peeters, general director of Forum ETHIBEL, in Test-Aankoop invest
Date of publishing:February 24, 2015
Hits:8666
Category:News
Language:English
Also available in the following languages:Dutch, French

Interview with Herwig Peeters, general director of Forum ETHIBEL, in Test-Aankoop invest
February 24, 2015

Herwig Peeters, general director of Forum ETHIBEL, was interviewed only recently by Test-Achats invest, the specialized branch of Test-Achats that focuses on financial advice. The interview took place as part of the February issue of the Test-Achats invest magazine, which contains a detailed dossier on sustainable investment funds in Belgium.

Read the full interview below (in french) or on the website of Test-Achats invest.

 

Les investisseurs de notre pays peuvent-ils dormir sur leurs deux oreilles en ce qui concerne le caractère durable de leurs fonds éthiques ?

La qualité de l’investissement durable n’est certainement pas mauvaise, à quelques exceptions près. Mais on considère souvent qu’il faudrait un regard plus élargi sur ce que devrait signifier « durabilité », et qu’il faudrait donc y inclure des notions telles que les droits de l’homme, les droits du travail, ainsi que divers thèmes controversés. Cela ne signifie pas pour autant qu’il soit fait usage jusqu’ici de définitions totalement standardisées, en dépit des tentatives du secteur financier lui-même (Febelfin, Beama) pour rationnaliser tout cela. Les méthodes d’analyse et de sélection ne sont non plus jamais toute noires ou toute blanches. Par définition, il existe une zone grise, au sein de laquelle on définit ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Et il existe à ce niveau des différences selon la source. La sélection d’actions est une tâche complexe et étendue, qui peut s’opérer de manières très différentes. Pour le consommateur, il est donc très important de savoir comment se passent ces sélections et quels sont les critères utilisés.

L’investissement durable ne s’adresse d’ailleurs pas uniquement aux investisseurs. Il est aussi un miroir tendu aux entreprises, au travers de résultats d’enquêtes. La démarche est d’autant plus passionnante que d’autres acteurs concernés donnent leur avis sur le comportement éthique et durable des entreprises. La contribution des ONG, sous la forme d’enquête complémentaire, avec des points de vue critiques et activistes, est sans aucun doute très enrichissante. Mais parfois aussi un peu trop déséquilibrée à mon goût. Car si elle va de pair avec la création d’un sentiment négatif et seul cet aspect est relayé dans la presse, alors on passe à côté de la réalité. Selon moi cependant, un courant de nouvelles idées a pris naissance. Les investisseurs qui veulent dormir sur leurs deux oreilles ont quant à eux tout intérêt à opter pour un label de qualité (Ethibel), ou pour des fonds bénéficiant d’un contrôle externe, ou encore pour une marque « forte ».

Sur le plan de la durabilité, comment se positionnent les fonds commercialisés en Belgique par rapport à l’offre européenne, voire américaine ?

Au niveau européen, il y a longtemps que la Belgique est un leader sur ce plan, pour le marché des investisseurs particuliers du moins. Il y a aussi chez nous des mouvements importants sur le marché des investisseurs professionnels, mais c’est statistiquement plus difficile à évaluer. Les Etats-Unis se gargarisent des chiffres impressionnants de ce qu’ils appellent le ‘social investing’ (= charité, actionnariat active, community investment), mais pour l’essentiel c’est fort différent de ce que nous considérons comme de l’investissement durable. Le segment ‘investissement durable’ à proprement parler y est relativement beaucoup plus petit que chez nous.

Ces dernières années, les fonds de placement classiques se font de plus en plus entendre dans les assemblées générales. Pensez-vous que c’est aussi le cas des fonds éthiques ? Sont-ils considérés comme des acteurs (de plus en plus) actifs du domaine ? Ou gardent-ils plutôt un comportement plus passif ?

Les institutions financières qui se sont engagées à se faire entendre dans les assemblées générales d’actionnaires le font généralement pour tous leurs fonds. Mais peu le font de manière directe. Cela se fait le plus souvent par l’intermédiaire d’instituts spécialisés et par « pooling ». Pour les fonds institutionnels, qui par essence préfèrent ne pas faire usage d’exclusions catégoriques, c’est un instrument particulièrement important. Parfois, les résultats sont spectaculaires. Mais j’ai l’impression que certains acteurs, aussi importants qu’ils soient, sont déçus de l’impact de leurs efforts.

Au cours des assemblées générales et à la demande des investisseurs institutionnels, on constate une tendance générale à l’intégration des aspects durables (gouvernance, environnement). Pensez-vous dès lors, qu’avec le temps, la différence entre placements durables et non durables va s’estomper ?

Cette tendance à l’intégration n’est pas seulement évoquée du côté des investisseurs institutionnels. L’intégration des aspects financiers, considérée comme «matériellement» importante et comme ayant une influence sur le risque et la réputation, a certainement fait son entrée dans les rapports annuels. Les rapports intégrés clarifient la relation entre la gestion générale (qui inclut les aspects durables) et la gestion financière. Mais même si les entreprises progressent à ce niveau, il reste des mauvais élèves. Le travail n’est jamais terminé.

Cela peut-il mener à la suppression des formules de placement typiquement durables ?

C’est une autre question. Si l’aspect durable se limite à un certain nombre de critères généraux, alors peut-être qu’un jour quelqu’un pourra proclamer la fin de l’ISR. Mais si on adopte une vision plus large des valeurs et de l’éthique, alors il y a encore du pain sur la planche. Je remarque d’ailleurs que ces dernières années, le nombre d’entreprises bénéficiant d’une sélection positive a plutôt tendance à baisser qu’à augmenter.

Est-ce qu’il se passe encore quelque chose au niveau politique en matière d’épargne et de placement ISRD ? Par le passé, beaucoup d’initiatives ont été évoquées, mais sans beaucoup de résultats concrets. Entrevoyez-vous un changement à ce niveau dans un futur proche ? Cela concerne notamment les critères ISRD pour les fonds d’épargne-pension, les stimulants fiscaux de certains produits (autres que les fonds de développement comme Alterfin et Oikocredit), ou encore un label officiel pour ces produits.

En dehors de la législation sur la transparence des fonds de pension et des sicav et de l’interdiction des investissements dans ce qu’on appelle les armes controversées, rien n’est sorti de toutes les initiatives politiques ou législatives qui ont été prises. Malgré un gros travail de préparation, il n’y a toujours pas de consensus sur ce que la loi doit définir, comment tout cela doit fonctionner techniquement et être contrôlé, sans parler des éventuels avantages fiscaux qui y seraient associés. Manifestement, cela n’a pas été considéré comme une priorité au cours des législatures précédentes. Le secteur bancaire a freiné l’émergence de toute réglementation supplémentaire en mettant sur pied un système d’autorégulation après en avoir débattu avec certaines parties prenantes seulement.

C’est loin de satisfaire tout le monde, mais mieux vaut ça qu’une loi qui présenterait des défauts techniques ou qui aurait pour effet de ‘durabiliser’ des produits qui ne le méritent pas.Malheureusement cela a aussi pour effet qu’une bonne idée comme la labellisation ‘durable’ des fonds d’épargne-pension ne peut pas être concrétisée.

 

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